Le rêve de voyager

Un jour ma fille de 11 ans m’a demandé : maman quand tu étais petite, c’était quoi ton rêve ?

Ma première réaction a été : je n’avais pas de rêve, je vivais dans un contexte où il fallait faire ce qu’on nous demandait.

Et en réfléchissant quelques secondes, je me suis reprise, en toute honnêteté : en fait, mon rêve c’était de voyager.  Prendre l’avion, être au-dessus des nuages et voir les habitations, les gens, les objets et les reliefs d’en haut, aller voir ce qu’il y avait ailleurs.

Mais je savais qu’en URSS, c’était compliqué de réaliser ce rêve. Donc, je m’étais auto-limitée.

La découverte 1 : la puissance des
émotions

C’est ainsi qu’un jour, j’ai découvert qu’on pourrait voyager autrement.

J’étais derrière une porte, j’attendais pour mon cours de piano. Soudain, j’ai entendu les sons d’un instrument. Mes oreilles ont pris un coup et un sentiment extraordinaire a traversé mon cœur, mon âme, mon corps.

Le temps de quelques minutes, je me suis laissé emporter ailleurs. J’ai retenu mon souffle pour mieux écouter les sons de cet instrument, éviter que les battements de mon cœur et le bruit de mon souffle parasitent la pureté des sons qui arrivait à mes oreilles, franchissait mon corps et me donnait la chair de poule.  Cette générosité artistique qui envahissait mon corps et mon esprit me donnait un sentiment de liberté à naviguer là où je voulais. Cette qualité d’interprétation en cohérence avec mon besoin de perfection, c’était claire, net et précis ! Je savais ce que je voulais.

Maintenant il fallait attendre l’occasion, car je vivais dans un monde où le rationnel était presque partout.

Quelque mois plus tard, lorsque je suis auditionnée pour suivre des cours de guitare, une dame sort de la commission de jury pour parler à ma mère : Madame, votre fille a une « oreille » (ouï) de violoniste, si vous êtres d’accord je vous propose de l’inscrire au violon.

J’ai tout de suite sauté de joie en disant : oui, oui, oui !

Je ne vous cache pas que la surprise de ma mère était impressionnante, mais elle a accepté.

La dame du jury était ma future prof, ou plutôt ma future coach. Elle passait son temps à motiver une personne qui se reposait sur son talent avec le moins d’effort possible pour un instrument exigeant en temps, en rigueur, en expression émotionnelle…

Le changement de cap

Des années plus tard, j’ai abandonné ce qui me faisait vibrer. Hors de question d’être en opposition avec mes valeurs : payer pour capter le public.

L’histoire ne vous dira pas ce que j’ai fait du violon, mais elle montre que nous ressentons des émotions et que nous avons le choix de les utiliser comme un levier de changement.

En tout cas cette envie de voyager m’a amenée à suivre des études de langues étrangères. J’ai encore fait appel à mes oreilles.

Découverte 2 : la fonction des émotions

Et lorsque j’ai repris mes études à 39 ans cette fois-ci en France dans le management de la communication et conduite du changement actionnant les compétences en écoute active , les oreilles , encore, cette histoire de départ m’a permis de comprendre pas mal de choses sur notre fonctionnement, nos émotions, nos motivations, notre enthousiasme et notre rigueur.

Une expérience ensuite qui a encore plus aiguisé ma sensibilité aujourd’hui à ressentir et utiliser les émotions avec autant d’ampleur. Nous avons tendance à négliger ces moments de décharges émotionnelles source d’énergie pour répondre à nos motivations et créer les opportunités qui vont dans le sens de nos envies.

Alors si notre pensée est la chose la plus rapide car en une fraction de seconde on peut aller dans l’espace et parce que nous activons nos sens et nos émotions, nous pouvons voyager vers la destination de notre choix. Encore faut-il savoir identifier cette destination.

Aujourd’hui, je sais à quel point ces émotions fortes et ce moment extraordinaire peuvent motiver mes décisions. Une sorte de valeur ajoutée pour renforcer nos décisions rationnelles.

La motivation et l’enthousiasme sont de magnifiques ingrédients, source d’énergie pour booster les projets et embarquer les collaborateurs, partenaires et clients vers une destination de choix.

Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va.

Sénèque