Rêve de voyage.

Quand j’étais petite, je pensais que je n’avais pas le droit de rêver.

Je vivais dans un contexte où il fallait faire ce qu’on nous demandait.

Aujourd’hui, en toute honnêteté, je reconnais que mon rêve, c’était de voyager.  Prendre l’avion, être au-dessus des nuages et voir les habitations, les gens, les objets et les reliefs d’en haut, aller voir ce qu’il y avait ailleurs.

Mais je savais qu’en URSS, c’était compliqué de réaliser ce rêve. Donc, je m’étais auto-limitée.

1ère découverte : la puissance des
émotions.

C’est ainsi qu’un jour, j’ai découvert qu’on pouvait voyager autrement.

J’étais derrière une porte, j’attendais mon cours de piano. Soudain, j’ai entendu les sons d’un instrument. Mes oreilles ont été frappées et un sentiment extraordinaire a traversé mon cœur, mon âme, mon corps.

Le temps de quelques minutes, je me suis laissé emporter ailleurs. J’ai retenu mon souffle pour mieux écouter les sons de cet instrument, éviter que les battements de mon cœur et le bruit de mon souffle ne parasitent la pureté des sons qui arrivait à mes oreilles, qui franchissaient mon corps et qui me donnaient la chair de poule.  Cette générosité artistique qui envahissait mon corps et mon esprit me donnait un sentiment de liberté à naviguer où je voulais. Cette qualité d’interprétation en cohérence avec mon besoin de perfection, c’était clair, net et précis ! Je savais ce que je voulais.

Maintenant il fallait attendre l’occasion, car je vivais dans un monde où le rationnel était presque partout.

Quelques mois plus tard, lorsque je fus auditionnée pour suivre des cours de guitare, une dame sortit de la commission du jury pour parler à ma mère : Madame, votre fille a une oreille de violoniste. Si vous êtes d’accord je vous propose de l’inscrire au violon.

J’ai tout de suite sauté de joie en disant : oui, oui, oui !

Je ne vous cache pas que la surprise de ma mère fut immense, mais elle a accepté.

La dame du jury devint ma future prof, plutôt ma future coach. Elle passa son temps me motiver, moi qui me reposais sur mon talent en produisant le moins d’effort possible pour un instrument qui exigeait temps, rigueur et expression émotionnelle…

Changement de cap

Des années plus tard, j’ai abandonné ce qui me faisait vibrer, le violon. Hors de question d’être en opposition avec mes valeurs  et pas de concession pour continuer une carrière artistique.

L’histoire ne dira pas ce que j’ai fait du violon, mais elle montre que nous ressentons des émotions et que nous avons le choix de les utiliser comme un levier de changement.

En tout cas, cette envie de voyager m’a amenée à suivre des études de langues étrangères. J’ai encore fait appel à mes oreilles.

2nde Découverte : la fonction des émotions

Lorsque j’ai repris mes études à 39 ans, cette fois-ci en France, dans le management de la communication et conduite du changement actionnant les compétences en écoute active – les oreilles encore – l’histoire précédente m’a permis de comprendre certaines choses sur notre fonctionnement, nos émotions, nos motivations, notre enthousiasme et notre rigueur.

Cette nouvelle expérience d’apprentissage a encore plus aiguisé ma sensibilité à ressentir et utiliser les émotions avec autant d’ampleur. Nous avons tendance à négliger ces moments de décharges émotionnelles, source d’énergie pour répondre à nos motivations et créer les opportunités qui vont dans le sens de nos envies.

On dit que la pensée est la chose la plus rapide : en une fraction de seconde on peut être transporté dans l’espace et le temps. C’est surtout parce que nous activons nos sens et nos émotions que nous pouvons voyager vers la destination de notre choix. Encore faut-il savoir identifier cette destination.

Aujourd’hui, je sais à quel point les émotions fortes et ce vécu peuvent motiver mes décisions. Une sorte de valeur ajoutée pour renforcer mes décisions rationnelles.

La motivation et l’enthousiasme sont de magnifiques ingrédients, source d’énergie pour booster les projets et embarquer les collaborateurs, partenaires et clients vers une destination de choix.

Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va.

Sénèque